GOLDIE
GALORE
Il y a chez Goldie une joie qui danse avant même le premier pas. Derrière son regard lumineux et son sourire espiègle, elle révèle une artiste magnétique. Ses mouvements d’une précision absolue, twistés d’une fantaisie assumée, transforment chaque détail en éclat et la scène en rêve.
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“J’étais intimement persuadée que ma place était au Crazy Horse, tout en étant convaincue que ce n’était possible que dans mes rêves.”
“Sur scène, nous incarnons cette illusion de perfection, ce moment suspendu hors du quotidien.”
“Goldie Galore, c’est une version de moi propulsée dans un monde irréel, merveilleux et fantastique.”

Quelle est votre histoire avec la danse ?

Je suis née à Essex, près de Londres, et d’aussi loin que je me souvienne, j’ai grandi en dansant ! J’ai commencé la danse classique à trois ans, puis j’ai appris le jazz, les claquettes et la danse contemporaine. Au moment de faire mes études, la prestigieuse Urdang Academy à Londres a attiré mon attention, parce qu’elle était soutenue par Brian Friedman, mais aussi parce qu’elle  proposait des cours de heels, et cette discipline m’intéressait déjà beaucoup. J’ai donc intégré l’Urdang Academy à dix-neuf ans. J’y ai étudié pendant quatre ans. À la fin de ma formation, j’ai été prise de doutes. J’avais la sensation de n’avoir pas encore trouvé ma voie en tant que danseuse et je songeais à me reconvertir. C’est alors qu’un ami m’a envoyé une audition pour un célèbre cabaret parisien, le Paradis Latin. Je me suis dit…« Ok je tente. Juste une audition. Et si ça ne marche pas, j’arrête. » Je m’y suis présentée et j’ai été engagée le jour même. En découvrant la danse de cabaret, un monde s’est ouvert devant moi et j’ai enfin trouvé mon propre chemin !

 

Quelle histoire se cache derrière votre nom de scène ?

Mon vrai prénom est Honor, comme l’actrice Honor Blackman, une James Bond girl. Elle jouait Pussy Galore dans Goldfinger en 1965. Sachant cette histoire, l’idée s’est imposée naturellement : Goldie Galore, un clin d’œil à Goldfinger et à Pussy Galore.

 

Qui est Goldie Galore ?

Je la découvre encore… Mais je peux dire qu’elle est extrêmement confiante et séduisante. Goldie Galore, c’est une version de moi propulsée dans un monde irréel, merveilleux et fantastique.

 

Comment s’est passée votre audition au Crazy Horse ?

De façon totalement improbable ! J’étais intimement persuadée que ma place était au Crazy Horse, tout en étant convaincue que ce n’était possible que dans mes rêves. Alors je n’ai jamais osé postuler, c’est un ami qui l’a fait à ma place. Ensuite, j’ai reçu l’invitation à l’audition, mais je n’avais pas répondu à temps pour réserver un créneau de passage. Il était hors de question que ça s’arrête là pour moi. Le jour J, je me suis quand même présentée, maquillée, coiffée, déterminée. J’ai insisté, refusé d’abandonner. Au bout de quatre heures à attendre en marchant dans le quartier, ils m’ont finalement rappelée et j’ai pu passer l’audition et j’ai été retenue. Quand j’y repense, tout semblait contre moi… et pourtant, tout s’est aligné. J’avais découvert le spectacle le jour de mes vingt-trois ans, j’ai commencé les répétitions le jour de mes vingt-cinq ans. Il y a eu tant de signes… Comme si l’univers m’avait aidée à trouver ma place, et aujourd’hui, je suis là.

 

Tantôt femme fatale, tantôt enjouée et espiègle, ou encore profonde et dramatique… comment travaillez-vous les différents rôles du show Totally Crazy ?

Je suis de nature joyeuse et joueuse, alors je suis subjuguée devant les danseuses qui maîtrisent le côté plus sérieux de la séduction, tout en profondeur et en retenue. Nuancer notre naturel, l’enrichir de textures et couleurs différentes et parfois mélanger les opposés, c’est ce qui rend une interprétation vraiment fascinante. Donc personnellement, je travaille beaucoup sur l’intensité et le mystère. Et j’apprends que parfois, less is more : une étincelle qui passe dans le regard comme un secret insaisissable, peut contenir toute la puissance d’une interprétation.

 

Qu’avez-vous envie de transmettre au public lorsque vous dansez sur la scène du Crazy Horse ?

Le show Totally Crazy est un rêve éveillé. C’est une invitation à quitter la réalité pour pénétrer dans un monde parallèle où tout est beau, parfait, et sans souci. Sur scène, nous incarnons cette illusion de perfection, ce moment suspendu hors du quotidien. J’aimerais que le public se sente porté et intouchable lorsqu’il est au cœur de cet univers fantasmé.

 

Selon vous, quelle est la principale qualité d’une Crazy Girl ?

La capacité à séduire et à jouer bien sûr, mais surtout à exprimer énormément de choses dans le détail. L’excellence du mouvement est l’une des particularités du Crazy Horse. La façon dont vous bougez vos mains, vos bras, votre cou peuvent traduire à la fois la douceur, la force, la vulnérabilité et la séduction. C’est extrêmement nuancé et complexe… et tellement intéressant pour une danseuse !

 

L’ambiance dans les loges avant le lever de rideau… Totally crazy ou ultra concentrée ?

C’est chaque jour différent mais c’est toujours un moment que j’adore ! C’est une atmosphère très bienveillante, presque familiale. On s’encourage, on se fait rire, on se soutient. En coulisses, on regarde les solos sur les écrans de retours vidéo. On sent une admiration mutuelle. Pour moi chaque danseuse est une source d’inspiration pour continuer à faire grandir Goldie Galore.

 

Qu’est-ce qui vous rend particulièrement fière en tant que danseuse du Crazy Horse ?

Que je regarde sur scène autour de moi, ou sur le mur où sont affichés les noms des danseuses qui ont fait la renommée du Crazy Horse depuis 1951, je vois des artistes au talent immense. Quand je réalise que j’en fais partie aujourd’hui, que je m’inscris dans cette histoire, c’est une grande fierté.

 

En tant que danseuse, comment décririez-vous votre rapport à votre corps ?

En tant que danseuse, je considère ce rapport au corps comme un voyage permanent où chaque jour est une occasion d’apprendre davantage sur soi. Être à l’écoute de son corps permet de savoir comment s’alimenter, prévenir les blessures, ressentir si c’est le travail de la souplesse, de l’endurance ou de l’interprétation qui vous amènera au niveau supérieur. Je pense que la clé est de connaître son corps à 100%, et ça demande du temps.

 

Quelles icônes féminines vous inspirent dans la vie ?

Ma mère m’inspire tellement… Je pense qu’elle est l’une des personnes les plus incroyables du monde, vraiment.

 

Qu’avez-vous découvert sur vous-même en devenant danseuse au Crazy Horse ?

J’ai découvert à quel point je pouvais être exigeante avec moi-même. Au Crazy Horse, le maquillage, la coiffure, le costume, et chaque geste, chaque regard est pensé dans les moindres détails. Rien n’est laissé au hasard. Le Crazy Horse repose sur l’unité et la perfection. J’ai appris à porter cette exigence partout, sur scène comme en dehors.

 

Quel tableau du spectacle Totally Crazy vous émerveille le plus ?

Rougir de désir. Ce tableau m’émeut jusqu’aux larmes. La musique, la silhouette sublime, la qualité du mouvement… tout est bouleversant. C’est, sans hésiter, mon tableau préféré.

 

Photos : Paul Morel