


Quelle est votre histoire avec la danse ?
Être danseuse est mon rêve depuis l’enfance. J’ai commencé la danse à l’âge de cinq ans. À neuf ans, sur les conseils de ma professeure, j’ai intégré le conservatoire de Saint-Brieuc en Bretagne pour étudier la danse classique, le modern jazz et la danse contemporaine. Mais, dans ma famille, faire des études intellectuelles était la norme, alors j’ai suivi un cursus de six ans de droit. Pendant cette période, chaque année, quelque chose me ramenait vers la scène : un clip, un projet avec une chorégraphe… La danse revient toujours me chercher dans ma vie.
À vingt-trois ans, alors que je débutais ma carrière de juriste en maison de vente aux enchères, une discussion avec un professeur de danse a provoqué un déclic en moi. J’ai décidé d’écouter ma petite voix intérieure et de tout quitter pour intégrer une école de danse pluridisciplinaire où l’on explorait différents styles comme le hip-hop, le commercial, le dancehall. Très vite, j’ai commencé à travailler dans des univers très variés. J’ai expérimenté les plateaux de télévision, participé à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris 2024, fait des tournées d’évènements dans le monde entier pour des maisons de luxe, dansé dans un opéra contemporain ou encore pour Disney. Puis je suis tombée sur l’audition du Crazy Horse. Je n’avais jamais fait de cabaret et je n’avais même jamais vu le spectacle Totally Crazy, mais j’avais une image très forte de ce lieu. J’ai relancé les dés de mon destin et les portes se sont ouvertes devant moi.
Quelle histoire se cache derrière votre nom de scène ?
Brio fait évidemment penser à l’expression “faire les choses avec brio”, une référence à mes deux parcours d’études. Mais pour moi, Brio évoque aussi mes origines bretonnes. Je suis née à Saint-Brieuc, et les habitants s’appellent les Briochins et les Briochines. Je trouve que cette résonance est jolie. J’aime aussi le fait que le mot se termine par un o, ce qui lui donne un côté androgyne. Mindset évoque l’esprit. Je suis quelqu’un d’assez intellectuel, donc cela me correspond bien. Cela parle d’un esprit libre, explorateur, prêt à tracer sa propre route.
Quelle femme êtes-vous lorsque vous êtes sur la scène du Crazy Horse ?
La scène met en lumière mon côté naturellement extraverti, et révèle ce que j’ai tendance à dissimuler dans la vie : mon côté sensible. Sur scène, je m’autorise à laisser parler mes émotions.
Qu’avez-vous envie de transmettre au public lorsque vous dansez sur la scène du Crazy Horse ?
Ce qui me tient beaucoup à cœur, c’est la notion d’engagement. Aujourd’hui, je pense qu’une danseuse du Crazy Horse peut porter un message très fort. Lorsque je suis sur scène, je montre une femme libre, puissante, qui choisit la manière dont elle se présente au monde. Dans une période où, dans de nombreux pays, les droits fondamentaux des femmes sont remis en question, cela prend encore plus de sens. Être sur cette scène chaque soir ici, c’est aussi affirmer la liberté des femmes.
Selon vous, qu’est-ce qui fait la magie du Crazy Horse depuis soixante-quinze ans ?
Pour moi, c’est l’exigence. Au Crazy Horse, il y a une recherche constante des équipes, artistiques comme techniques, pour aller vers un spectacle toujours plus précis et plus qualitatif. Et puis il y a évidemment le lieu en lui-même, comme un boudoir de velours rouge, et les fameux jeux de lumière, qui créent un univers unique et une identité très forte.
Avez-vous un rituel personnel avant d’entrer en scène ?
Oui, j’en ai deux. Je fais des abdos, et je mets de l’huile essentielle de menthe poivrée sur le revers de ma main. Son odeur fraîche me donne un vrai coup de boost.
Pourquoi vous a-t-on attribué le rôle central du tableau Vestal’s Desire ?
Je pense que c’est lié à l’énergie que je renvoie. Dans Vestal’s Desire, il y a une forme de puissance passive si je puis dire. Les pieds restent immobiles et tout repose sur le travail des hanches qui ondulent jusqu’à créer un mouvement hypnotique. Il y a une simplicité dans l’écriture, qui permet d’exprimer avec intensité son énergie intérieure.
Qu’est-ce qui vous rend particulièrement fière en tant que danseuse du Crazy Horse ?
Professionnellement, c’est faire partie d’un spectacle aussi exigeant et travailler aux côtés d’artistes que j’admire énormément. Plus personnellement, ce qui me rend fière, c’est de m’inscrire à la fois dans l’histoire d’un lieu mythique et d’un lieu très ancré dans son époque, de par son engagement féministe.
Auriez-vous trois mots pour décrire la féminité ?
Sauvage. Puissante. Intelligente.
Quel tableau du spectacle Totally Crazy vous émerveille le plus ?
J’aime beaucoup Rougir de désir, pour son travail très graphique en ombres chinoises. Je trouve qu’il y a une forme d’abandon très touchante dans ce tableau et les mouvements presque aériens sont sublimes. Et je suis fascinée par Lay Laser Lay, qui représente pour moi la féminité sauvage à son paroxysme, indomptable et puissante.
Photos : Paul Morel