



Quelle est l’origine de votre nom de scène ?
Mon nom vient de mes origines orientales, «Laïla» veut dire « nuit» en arabe. «Liberty» fait référence à ma liberté de penser et de faire ce qu’il me plaît. C’est aussi un hommage à la liberté assumée des femmes, surtout dans le monde arabe.
Quelle est votre histoire avec la danse ?
Je suis née et j’ai grandi au Liban, où j’ai très tôt partagé ma vie entre deux passions : la danse et l’équitation. Je pratiquais les deux de façon très intense, avec la même discipline et la même exigence.
À treize ans, j’ai eu la chance de partir en tournée internationale — à Pékin, Bahreïn et Milan — avec une prestigieuse troupe Libanaise de danse. Cette expérience a été fondatrice : c’est là que j’ai découvert l’adrénaline de la scène, la magie des tournées et surtout compris que la danse serait bien plus qu’une passion. Cette tournée m’a donné l’envie profonde d’en faire mon métier. À quatorze ans, j’ai été sacrée championne du Liban de saut d’obstacles. Après ce titre, j’ai choisi de me consacrer entièrement à la danse. Au Liban, envisager une carrière professionnelle dans ce domaine restait compliqué, alors j’ai décidé de venir à Paris pour poursuivre ce rêve. J’ai intégré l’Académie Internationale de la Danse, où j’ai poursuivi ma formation et découvert la danse en talons, une discipline qui a profondément transformé ma manière d’habiter le mouvement. C’est là, aux côtés de Nadine Timas — une femme et pédagogue exceptionnelle — que s’est dessiné, peu à peu, le chemin qui m’a menée jusqu’au Crazy Horse.
Quel souvenir gardez-vous de vos débuts au Crazy Horse ?
En 2017, je suis venue découvrir le spectacle du Crazy Horse avec ma mère. Un des premiers tableaux que nous avons vu était Crisis? What Crisis?! Je me souviens m’être tournée vers elle, fascinée, en lui disant : « Un jour, je veux faire ça. » Sa réaction a été immédiate : elle était surprise, un peu inquiète aussi, car c’est un numéro audacieux, puissant et très marquant. Mais elle ne m’a jamais empêchée de suivre mon instinct, bien au contraire, elle m’a soutenue et poussé à suivre mon cœur. J’ai passé l’audition, j’ai été retenue et en juin 2018 je faisais ma première sur cette scène mythique. Ce qui est extraordinaire, c’est que mon premier solo a justement été Crisis? What Crisis?!— le tout premier numéro qui m’avait fait tomber amoureuse du Crazy Horse. C’était comme un destin qui se refermait en cercle parfait. Une boucle bouclée !
En tant que femme et danseuse, quel est votre rapport à votre corps ?
Comme beaucoup de danseuses, j’ai longtemps eu une relation complexe avec mon corps. Quand je suis entrée au Crazy Horse, j’étais très jeune, dix-neuf ans lors de ma première, il est donc naturel qu’à cet âge, on soit encore en construction dans son rapport à soi. Le Crazy Horse m’a énormément aidée à assumer mon corps et à en être fière. Cette scène m’a appris à regarder mon corps autrement : non plus comme quelque chose à juger, mais comme une force, un outil d’expression, une présence artistique. Voir mon image sublimée par la lumière, les costumes, la chorégraphie et la mise en scène m’a permis de transformer ce que je percevais parfois comme une faiblesse en puissance assumée.
Quelle valeur souhaitez-vous défendre en tant que danseuse de cabaret ?
Au-delà du cabaret, ce qui compte pour moi, c’est ce que ma présence représente. Être sur la scène du Crazy Horse, à Paris comme en tournée, est en soi une forme de résistance immense face à l’oppression que subissent encore tant de femmes. Par mon parcours, j’ai créé un espace pour les femmes arabes là où l’on pensait qu’elles ne pouvaient pas exister. Je veux montrer que l’on peut venir d’un autre horizon culturel, porter une autre histoire et pourtant prendre pleinement sa place dans un univers aussi iconique que celui-ci. Lorsque je retourne au Liban, j’organise des cours et des workshops. Je suis également très engagée dans la presse comme sur les réseaux sociaux, où je prends souvent la parole sur ces sujets. Cette démarche d’affirmation me tient profondément à cœur : encourager les femmes à croire en elles, à se soutenir, et à revendiquer pleinement leur place. Peut importe d’où on vient, tout est possible à partir du moment où on croit en nous !
Quel tableau du Crazy vous émerveille le plus ?
Sans hésitation : Crisis? What Crisis?! C’est mon premier solo et il occupe une place très particulière dans mon cœur. Il symbolise à la fois mes débuts au Crazy Horse et le moment exact où je suis tombée amoureuse de cet univers. J’aime ce tableau pour son énergie, sa théâtralité, sa folie élégante. On y incarne une femme d’affaires sophistiquée qui se libère progressivement de toutes les tensions accumulées dans la journée. Cette montée en puissance est jubilatoire à interpréter. C’est un numéro totalement Crazy et c’est précisément ce qui le rend si exaltant.
Découvrez Laïla Liberty en vidéo :
Photos : Pauline Anna Gudet
Vidéo : Paul-Henri Pesquet