Rosa Fumetto
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Rosa Fumetto ne correspondait pas vraiment au profil classique d’une artiste de scène. Trop bohème, trop punk, trop rock’n’roll, elle était un esprit libre de la fin des années 1960, qui semblait bien plus à l’aise en tournée avec un groupe que dans l’univers discipliné du cabaret parisien. Et pourtant, elle est devenue l’une des showgirls les plus célèbres d’Europe.

Née Patrizia Novarini à Turin, dans une famille d’artistes, elle étudiait la scénographie en 1967 lorsqu’elle rencontra Alain Bernardin, fondateur du Crazy Horse Paris. Il la trouvait parfaite pour son spectacle : fraîche, audacieuse et totalement en phase avec les codes funky de sa génération. Elle accepta son offre, abandonna ses études et s’installa à Paris.

Dès 1968, elle dansait au Crazy Horse. Elle vivait à proximité, rue de Balzac, avec Tony, un guitariste britannique lié à Vince Taylor et Joe Dassin. Ils s’étaient rencontrés dans un club peu après son arrivée en France et avaient emménagé ensemble presque immédiatement, partageant leur appartement avec des chats siamois et persans. « Je me sens bien dans le désordre et la confusion », confiait-elle en 1970. « Quand la maison est trop bien rangée, je jette quelque chose par terre. Il n’y a rien de plus triste que des meubles bien à leur place. » Elle vivait comme une rock star, et sa vie finit par rejoindre cette image : après Tony, elle entama une relation très médiatisée avec l’icône française du rock’n’roll Johnny Hallyday, qui fit d’elle une véritable célébrité dans toute l’Europe.

Ses parents soutenaient sa carrière, mais son oncle, prêtre catholique, désapprouvait son choix de vie. Rosa décida alors d’écrire directement au pape Paul VI. N’ayant reçu aucune réponse, elle se rendit elle-même au Vatican, où elle obtint, par l’intermédiaire du secrétaire du pape, une réponse étonnante : « Comment pourrait-on vous reprocher de vouloir subvenir aux besoins d’une famille nombreuse ? Réjouissez-vous. Remerciez Dieu de vous avoir donné un si beau corps. »

Elle resta au Crazy Horse pendant près de dix ans avant de se tourner vers la musique, devenant l’une des pionnières de l’Europop avec des titres comme « Crazy Moon », qui marquèrent la bande-son des années 1980. En 1983, elle entra dans l’histoire en devenant la première femme à réaliser un strip-tease intégral à la télévision italienne. Disques, films, couvertures de magazines, campagnes publicitaires : Rosa Fumetto était partout. Paris avait transformé l’enfant terrible italienne en véritable icône. Le Crazy Horse en avait fait une superstar.

Crédit photos : Archives du Crazy Horse Paris