Rita Cadillac
précédent
suivant

"Me reviennent dans le désordre des souvenirs : (…) la guêpière blanche à pois verts de Rita Cadillac qu’elle délaçait de ses mains gantées de tulle noir, avec une lenteur, une science si savantes qu’au lieu des coups de sifflets dont s’accompagne ce genre de numéros, un grand silence s’établit dans la salle."

Régine Deforges

.

Le Crazy Horse Paris ouvre ses portes en 1951, mais l’élément qui définira véritablement son identité arrive en 1953 : la troupe. Contrairement aux cabarets traditionnels construits autour d’une seule vedette, le Crazy Horse est pensé comme un collectif. Pas de hiérarchie, mais un ensemble de danseuses partageant la lumière de la scène.

Parmi cette première génération se trouve Rita Cadillac, née d’un père russe et d’une mère française. Son rêve initial était de devenir styliste. Après des études d’art, elle se présente aux Folies Bergère avec son portfolio. Mais au lieu d’être engagée pour la mode, elle est recrutée comme modèle nue. Perdue dans une troupe immense, invisible aux yeux de beaucoup. Sauf à ceux de Alain Bernardin, qui décide de l’emmener au Crazy Horse.

Bernardin la décrivait comme « grande, mince comme un pur-sang, avec un corps couleur ambre chaud, de longs cheveux aux reflets roux et des yeux verts au regard lilas étrange ». Il imagine alors son premier solo : une robe de satin se défaisant lentement sous un manteau de fourrure. Sur un rythme moderne et rapide, elle apparaît dans un ensemble de lingerie avant de quitter la scène accompagnée d’un renard blanc glissant le long de son corps. Ce numéro fait immédiatement sensation dans tout Paris.

À cette époque, la rivalité entre cabarets est déjà bien installée. Bernardin avait auparavant “pris” une danseuse nommée Fortunia aux Folies Bergère, ce que leur directeur, Paul Derval, n’avait jamais vraiment accepté. En réponse, celui-ci tente alors d’attirer Rita Cadillac, sans réaliser qu’elle faisait encore partie de sa propre troupe quelques mois plus tôt. Rita accepte, mais à une condition : aucune exclusivité. Elle dansera où elle le souhaite.

Aux Folies Bergère, elle alterne avec la vedette Yvonne Ménard. Mais son passage au Crazy Horse l’a déjà transformée en véritable phénomène nocturne parisien. Très vite, elle finit même par remplacer la star. Au sommet de sa carrière, Rita Cadillac se produit dans jusqu’à quatre établissements différents au cours d’une même nuit. Véritable célébrité, elle enregistre des chansons, joue au cinéma, part en tournée à l’international et reste liée au Crazy Horse Paris pendant près de dix ans.

Bernardin se souvenait aussi de l’un de ses premiers départs. Peu après la création de son premier solo, Rita apprend le numéro puis quitte Paris pour travailler seule au Brésil. Pendant six mois, elle se produit dans un cabaret de Copacabana. Là-bas, elle fait scandale en se promenant non pas sur la plage, mais dans les rues de Rio, vêtue d’un bikini minuscule. La police finit par intervenir, son contrat est rompu, et Rita retourne finalement au Crazy Horse.

Crédits photos : Archives du Crazy Horse Paris.