« Nous étions traitées comme des princesses »

Zara Nevada

Lorsqu’elle est arrivée à son audition en bottes de cow-boy, Alain Bernardin a tout de suite su qu’il lui fallait un nom de scène à l’américaine. « Nevada » est venu en premier. Puis plusieurs options ont été envisagées : Nova, Taxi, Zara. C’est finalement ce dernier qui a été choisi. Et c’est ainsi que Zara Nevada est née. Un nom qui marquera profondément l’histoire du Crazy Horse dans les années 1980 et 1990.

Il est presque impossible d’évoquer cette époque sans parler d’elle. Soliste, et l’une des plus talentueuses de sa génération, Zara maîtrisait tous les numéros : Chain Gang, Berliner Pikanterie, Good Gal, Lay Laser Lay, The Lesson of Eroticism, Rotor Variation. Danseuse d’un professionnalisme exceptionnel, elle pouvait également intégrer les tableaux de groupe, à n’importe quelle place et à tout moment. Elle était si indispensable qu’on la rappelait souvent même pendant ses jours de repos.

Elle a commencé sa carrière comme danseuse classique, formée au Conservatoire de Paris. Le cabaret est entré dans sa vie à la suite d’une rupture amoureuse. En quête de changement, elle part au Japon, où elle travaille dans un cabaret en interprétant des numéros de french cancan et d’acrobatie.

Elle rejoint le Crazy Horse en 1988, à une époque où dix-huit danseuses partageaient une scène de seulement 10 m², un format bien différent de celui d’aujourd’hui. La discipline y était particulièrement exigeante. Pour le numéro d’ouverture, un sergent de la Garde britannique avait même été invité à entraîner les danseuses à une précision militaire. Parmi les spectateurs figuraient Madonna, Prince et Rod Stewart. C’était l’une des périodes les plus emblématiques de l’histoire du cabaret.

Artiste aux multiples talents, Zara est également une illustratrice reconnue. Son empreinte a été immortalisée à travers l’affiche célébrant le 40e anniversaire du Crazy Horse Paris.

« Nous étions traitées comme des princesses », se souvenait-elle plus tard. Mais cette visibilité avait son prix. Entre les spectacles, les répétitions, les apparitions télévisées, les séances photo et les interviews, il restait peu de temps pour autre chose. Les propositions affluaient, mais être danseuse au Crazy Horse n’était pas simplement un métier : c’était un engagement total.

Après sept années passées au Crazy Horse, elle poursuit sa carrière sur d’autres scènes prestigieuses comme Le Milliardaire et le Royal Palace. Plus tard, après être devenue mère, elle élargit encore son répertoire. Grâce à sa belle-famille brésilienne, elle apprend la samba, puis la danse orientale, et continue de se produire à travers le monde.

Crédits photos : Archives du Crazy Horse Paris.