


Quel est votre parcours artistique ?
On peut dire que je suis presque tombé par hasard dans le milieu du spectacle. À la base, je suis gymnaste professionnel. Au terme de ma carrière athlétique, je me suis naturellement orienté vers le côté artistique de la discipline et j’ai commencé à m’entraîner en ce sens, mais sans avoir de but précis. À l’âge de vingt ans, à Las Vegas, j’ai vu un artiste faire un numéro d’équilibres sur cannes, et d’équilibres sur une main. Avec le recul, je peux dire que ce moment a été le début du reste de ma vie. J’ai trouvé cet artiste absolument incroyable. J’ai voulu essayer cette discipline, je me suis consacré corps et âme à l’entraînement. Je n’avais toujours pas d’objectif professionnel mais malgré cela, petit à petit, c’est devenu mon métier. J’ai commencé à me produire à Las Vegas, puis sur des bateaux de croisière, puis en Allemagne, en Chine… Et pour finir, je me suis installé à Manchester, où je performais régulièrement en cabaret et sur des tournées de spectacles.
Pourquoi avez-vous décidé de passer l’audition au Crazy Horse ?
Tout a commencé il y a une vingtaine d’années. Lors de mon premier séjour à Paris, je suis tombé totalement amoureux de la ville. Alors, quand un ami m’a parlé d’auditions au Crazy Horse, je n’ai pas hésité une seconde. J’ai saisi ma chance. Aujourd’hui, je vis et je travaille à Paris, dans l’un des lieux les plus fascinants qui soient. C’est un rêve devenu réalité… Et je suis ravi car je pense sincèrement que mon univers artistique s’intègre parfaitement à celui du Crazy Horse.
Quel personnage incarnez-vous au Crazy Horse ?
J’arrive dans la salle avec un élégant costume noir : pantalon et gilet de costume noir, chemise blanche et nœud papillon. En fait, je ressemble exactement aux serveurs et c’est par cette confusion que commence mon numéro. J’ai une bière à la main, et je feins de ne pas comprendre pourquoi les projecteurs sont braqués sur moi. Puis je bois la bière… entièrement. Et soudain, tout bascule : je me lance dans mon numéro. Je passe en équilibre sur les mains et là, commence un strip-tease acrobatique. Progressivement, chaque élément de costume disparaît, jusqu’à ne garder que le strict minimum. C’est un numéro à la fois technique et ludique, un mélange d’acrobatie et d’effeuillage. Et oui : les bières sont vraies !
Pouvez-vous choisir trois mots pour décrire votre univers ?
Audacieux, drôle et sexy !
Quel homme êtes-vous lorsque vous évoluez dans la salle du Crazy Horse ?
Lorsque je performe, je suis à l’opposé de ce que je suis dans la vie. Dans la vie, je suis plutôt réservé, un peu introverti. J’aime être tranquille et lire des livres… Et lorsque mon numéro commence, tout s’ouvre en moi. Je fais évoluer mon personnage en fonction du public. Certains soirs, je suis très joueur et drôle. D’autres soirs, je suis plus sensuel, plus provocateur. Mais toujours confiant, toujours souriant, avec cette envie de créer du lien et de faire rire.
Que vous a personnellement apporté votre expérience au Crazy Horse ?
Le Crazy Horse m’a permis de découvrir exactement le performeur que je voulais être. Il m’a offert un espace de liberté artistique pour explorer les différentes manières d’habiter mon personnage. Chaque soir ici, je peux devenir qui je veux, en toute confiance.
Quelle atmosphère cherchez-vous à faire naître dans la salle ?
Ma priorité, c’est que le public reparte avec un souvenir, que ce soit celui du numéro entier ou d’un simple geste. J’ai envie que les gens voient quelque chose qu’ils n’ont jamais vu auparavant, et qu’ils sortent plus heureux qu’en arrivant. C’est, selon moi, la raison d’être d’un artiste : offrir une parenthèse dans la routine du quotidien, créer une émotion, une surprise.
Que ressentez-vous lorsque vous performez au Crazy Horse ?
Il n’y a pas de meilleur sentiment au monde : lorsque le public applaudit ou crie, c’est une sensation indescriptible. J’ai travaillé en étant blessé, en étant malade, en traversant des deuils, en pleurant. Rien ne m’a jamais arrêté parce que recevoir l’énergie du public est une chose si puissante qu’elle en devient addictive.
Quel est votre regard sur les emblématiques danseuses du Crazy Horse avec qui vous partagez le spectacle ?
Elles sont fantastiques et uniques, avec chacune leur personnalité et leurs qualités propres. Et au-delà de leur talent, ce sont avant tout des personnes adorables. Sur scène, la transformation est saisissante. Elles deviennent presque irréelles, comme des déesses. C’est fascinant à voir.
Quelle couleur spéciale apportez-vous au show Totally Crazy! ?
Je pense apporter une forme de contraste. Le Crazy Horse célèbre la féminité, la sensualité, la beauté du corps féminin. Moi, j’apporte une énergie masculine, qui vient dialoguer avec cet univers. Et puis surtout, il y a la proximité. Il faut savoir que je ne suis pas sur scène mais dans la salle, à quelques centimètres des spectateurs. Je peux voir leurs regards, entendre leurs chuchotements, sentir leur émotion. Cela change complètement l’expérience, pour eux comme pour moi.
Selon vous, qu’est-ce qui fait la magie du Crazy Horse depuis soixante-quinze ans ?
Bien sûr, il y a l’histoire du lieu. Mais pour moi, ce qui fait vraiment la différence, ce sont les gens, des portiers aux équipes d’entretien, des serveurs aux artistes. Il règne au Crazy Horse un véritable esprit de famille. Et quand l’humain est aussi fort, le spectacle ne peut être que fort lui aussi.
Quel tableau du spectacle Totally Crazy vous émerveille le plus ?
But I’m a Good Girl, sans hésiter. Mon numéro arrive juste après, donc je le vois très souvent. Ce que j’aime, c’est que chaque danseuse y apporte quelque chose de différent. On retrouve la même structure, mais jamais la même interprétation. C’est un tableau vivant, qui change subtilement chaque soir. Et ça, c’est fascinant.
Photos : Paul Morel