
S’il est un artiste qui aime relever les défis, c’est bien Philippe Decouflé … Preuve en est son arrivée au Crazy Horse.
Le challenge est là, réel, identifiable : des femmes, QUE des femmes, une scène juste, très juste, un cadre technique conçu pour un spectacle aux codes uniques et l’univers de la nuit, avec ses mystères … le Crazy Horse ne fait pas partie de ces lieux qui se livrent aisément. Il faut les aborder avec beaucoup d’humilité et d’assurance à la fois … C’est d’ailleurs la qualité commune aux artistes qui y exercent leurs talents. Et parce que le propre de l’artiste est sans doute de transformer le réel, de nous offrir une nouvelle vision de la réalité, plus gaie, plus belle, plus douce, plus harmonieuse, Philippe Decouflé joue le jeu une nouvelle fois, dans un contexte qui a tout d’une Terra Incognita, et gagne dans cet exercice de style inextricable.
Oui, le Crazy Horse réunit en un seul lieu tout ce qui construit sa passion : les femmes, les corps, la danse, la scène, le spectacle, aboutissement d’un investissement absolu et d’un travail envahissant et chronophage. Tout cela dans un lieu totalement mythique et exceptionnel …
Le Crazy Horse lui offre cette page, pas tout à fait blanche, à explorer… Corps suggestifs, épure absolue, ombres chinoises, évocations plus que provocation … Philippe Decouflé jongle avec les corps, révèle les silhouettes glissant sur la lumière et érotise les tableaux qu’il met en scène, jouant inlassablement sur le fil de ce qui nous ferait rougir, toujours titubant, mais ne tombant jamais …
Avec le Crazy Horse, Philippe Decouflé bien que soumis à des contraintes incontournables, retrouve dans ses compositions chorégraphiques l’expression de la liberté qui fait sa force : « La scène est très petite, les corps sont formatés, maquillés et tout le travail consiste à avancer dans une création nouvelle tout en préservant l’esthétique d’Alain Bernardin. Les codes du Crazy sont non seulement incontournables mais aussi gardés précieusement, férocement parfois même par les gardiennes du temple que sont les danseuses ».
Quand le corps fait ses gammes
Philippe Decouflé annonce d’emblée trois valeurs essentielles à la qualité du résultat final : le travail, le travail et encore le travail. Travail du corps, des esprits, de la lumière, des formes, des couleurs, des lignes graphiques, de la souplesse, de la générosité, de la disponibilité …
Il faut être touche-à-tout pour être un artiste. Il n’en a donc jamais fini de puiser dans l’énergie des corps, les mouvements du monde qui l’entoure, de raviver le temps qui passe en lui donnant un air de demain … « Il y a dans ma démarche un travail important sur le mélange des époques, la conjugaison subtile des images d’hier et d’aujourd’hui. J’ai passé beaucoup de temps à décrypter les films d’archives, les photos du Crazy d’hier pour redéfinir le Crazy d’aujourd’hui. On est avant tout dans une continuité et mon travail consiste à revisiter le passé et en réinterpréter les valeurs essentielles. ».
Et comme toute rencontre, c’est toujours la dimension humaine qui est au centre de l’aventure : si Philippe Decouflé a en charge le spectacle et sa chorégraphie, il a affaire à un corps vivant pour travailler : les danseuses … 18 jeunes femmes à qui il doit donner envie de danser 7 jours sur 7, avec le même plaisir d’offrir leurs gestes, leurs sourires, leurs regards à ceux venus les découvrir le temps d’une soirée … Philippe Decouflé aime les danseuses, les respecte profondément et les protège en leur offrant le cadre qui convient à chacune pour s’exprimer comme elle aime … L’ennemi n° 1 ? La routine, celle qui fige les attitudes et éteint la lumière magique d’un spectacle. En cela, Philippe Decouflé est celui qui porte la flamme et ravive l’essence artistique de ses danseuses pour que le spectacle soit ce petit miracle que l’on attend chaque fois … et que l’on trouve.
Son parcours
Chorégraphe inclassable, Philippe Decouflé fait partie de ceux que les défis passionnent : c’est ainsi qu’il se lance, avec un succès qui fera le tour du globe, dans la chorégraphie de les cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux Olympiques d’Albertville ou la parade de lancement de la Coupe du monde de rugby en 2007 …
Aujourd’hui, le Crazy Horse propose à Philippe Decouflé un nouvel exercice de style, dans l’intimité confinée d’une scène de spectacle parisien …
A 47 ans, il prend le relais de ceux qui ont encensé les nuits parisiennes en devenant le directeur artistique du temple des nuits mythique fondé en 1951.
A l’origine, la salle du Crazy Horse était une cave à vin… Aujourd’hui, l’établissement est constitué de 12 caves réunies.